A la découverte du Congo, avec Aurélie !

Pour ce 2ème rdv de notre nouvelle série « Interviews d’expat‘ », nous accueillons avec de grands applaudissements la gagnante ex-aequo de notre jeu photo du 6 septembre, Aurélie, qui vient de fêter ses 30 ans en République Démocratique du Congo !

  • Expat United : Depuis combien de temps êtes-vous expatriée en RDC ? Quel est votre activité et parcours professionnel ? 
Je suis expatriée en RDC, et plus précisément Kolwezi, dans la Province du Katanga, depuis un peu plus d’un an maintenant.

Aurélie et une partie de son équipe, pour ses 30 ans !

Je dirige l’agence SDV (Groupe Bolloré) à Kolwezi. Il s’agit d’une entreprise de transport et logistique (www.sdv.com)
Ici, nous travaillons essentiellement pour les compagnies minières qui exploitent le cuivre et le cobalt.

Avant ça, j’avais fait des études de droit et une école de commerce. C’est en école de commerce que j’ai eu envie de faire de la logistique. Quand j’ai quitté la France, je l’ai fait via Panalpina, l’entreprise pour laquelle je travaillais à l’époque et qui cherchait des volontaires pour l’Angola.

  • Expat United : Qu’est-ce qui vous a motivé à partir ? Départ à l’aventure ou bien préparé ?

Je suis partie de France pour pas mal de raison : le manque d’opportunités professionnelles, les salaires trop bas et les impôts trop élevés, l’envie de voir autre chose, de changer d’air et surtout l’envie de retourner en Afrique après un premier voyage quand j’étais étudiante.
Comme j’étais célibataire, je suis partie seule.

  • Expat United : Comment s’est passé l’intégration dans votre pays ?

Sans grandes difficultés. J’ai eu la chance de rencontrer très vite des gens qui m’ont aidée à me constituer un réseau d’amis et de connaissances, autant dans le travail qu’en dehors. C’est la clef en Afrique : connaître les bonnes personnes…
Il me reste à apprendre le swahili pour être tout à fait intégrée ! Mais le temps me manque.
Pour le reste, on s’habitude très vite aux problèmes récurrents en Afrique : le manque d’infrastructures, d’eau, d’électricité, etc…

  • Expat United : Est-ce votre première expatriation ?

Le Congo n’est pas ma première expatriation, j’ai vécu 3 ans en Angola avant de venir ici.

  • EU : 3 choses que vous adorez dans votre pays d’expat ?

Une liberté certaine par rapport à l’Europe où tout est cadré, enregistré, contrôlé, etc… Surtout dans la gestion de mon travail.

Le climat (même si la neige de ma Franche Comté natale me manque parfois)…

Avoir du personnel de maison ! Rentrer le soir, après le boulot, dans une maison propre où je n’ai pas à me soucier de savoir si j’ai encore du repassage à faire ou de la vaisselle à laver, ça n’a pas de prix… 🙂

A Wasela, près de Kolwezi, le lac où nous passons de temps en temps nos weekends. Au milieu du lac se trouve une petite île où nous aimons prendre l'apéro en profitant de la vue !

  • EU : 3 choses que vous détestez dans votre pays d’expat ?

Le manque d’implication de beaucoup des gens. Il règne un « j’men foutisme » général parfois très pénible.
La corruption qui gangrène tout.
Les coupures de courant tous les jours et les cafards dans la douche (oui, ça fait 4)…

  • EU : A quelles difficultés êtes-vous le plus confronté ?

Le fait d’être une femme, étrangère, blanche, non mariée, sans enfants et exerçant des responsabilités est la plus grande difficulté en soi. Tout le reste : difficultés administratives, manque de considération, non-respect des ordres, en découle.
Mais ça ne dure pas. Une fois qu’on a su faire preuve d’autorité et de compétence, une fois qu’on a les bons contacts dans les administrations, tout se passe bien…

  • EU : Un fait marquant à nous raconter ?

Un samedi soir, mon gardien frappe à ma porte et me demande s’il peut quitter son poste pour aller s’occuper de ses enfants à la maison car sa femme est à l’hôpital et vient d’accoucher. J’accepte. À son retour le lendemain, je lui demande si l’accouchement s’est bien passé, comment vont sa femme et l’enfant. Il me répond que tout va bien.
Je lui demande combien il a d’enfants, il me répond avec fierté : 8 avec celui qui vient de naître, Madame !
Horrifiée, je lui demande comment il compte nourrir, élever et scolariser 8 enfants avec son salaire de gardien, soit 150 dollars par mois.
Il me dit qu’il ne sait pas trop…
Emportée par mes idées de femme européenne éduquée, féministe et indépendante, je lui rétorque qu’il faudrait peut-être arrêter de faire des enfants s’il n’a pas de quoi les nourrir…
Lui me répond : Mais Madame, les enfants, c’est Dieu qui les donne…

Je me suis trouvée bête devant tant de conviction, je n’ai pas su quoi répondre…
Si ce n’est pas l’anecdote la plus marquante, elle est très révélatrice de la force de la religion ici (les églises évangélistes poussent comme des champignons à tous les coins de rue et font des ravages : enfants jetés à la rue car accusés de sorcellerie, rejet de la contraception donc progression monstre du Sida, etc…) et du manque d’éducation (l’école n’est pas obligatoire)..

Un petit choc des cultures, quoi… Mais des anecdotes comme ça, je pourrais en raconter des dizaines… 🙂

  • EU : Côté culinaire ? La France vous manque ? Quelle est votre spécialité locale préférée ?

Certaines choses me manquent mais on trouve beaucoup de produits français ou belges ici. Et je me rattrape quand je suis en vacances…

Ici, j’adore particulièrement les cuisses de grenouilles du lac. Elles valent très largement celles qu’on peut manger en France.
Et le bœuf local est une pure merveille : de la viande élevée sans vaccins, sans farines animales, sans hormones ou que sais-je encore… Bref, des vraies vaches qui ne mangent que de l’herbe en brousse… Abattues certes dans des conditions d’hygiène très discutables comparées aux normes européennes plutôt exagérées… Mais un vrai délice !

  • EU : Plutôt des amis français, locaux …? les locaux sont-ils sympas et accueillants ?

Plutôt des amis francophones (expatriés et locaux) car les anglophones, principalement les sud-africains, ne socialisent pas, restent entre eux, ne font aucun effort pour apprendre le français et s’intégrer dans le pays.
Les locaux éduqués sont sympas et accueillants. J’ai rencontré des gens adorables qui ont su m’aider face aux difficultés administratives ou autres sans rien me demander en retour. Des gens qui sont devenus des amis.
Par contre, une certaine frange de la population (en particulier ceux qu’on appelle les creuseurs, c’est-à-dire ceux qui exploitent à la main, illégalement, le cuivre et le cobalt) peuvent être très hostiles envers les étrangers. Il m’est arrivé (rarement) de me faire insulter dans la rue parce que je suis blanche.
Ils considèrent que les étrangers sont la cause de leur malheur, qu’ils pillent le pays et qu’ils sont tous riches. C’est une population extrêmement pauvre, pas du tout éduquée, impossible à recenser, facilement manipulable et donc potentiellement très dangereuse, notamment lors des élections…
Mais c’est une situation spécifique à Kolwezi, où la ville est enclavée et littéralement encerclée par des villages de creuseurs. Il suffit de se rappeler les événements de 78 qui planent encore comme un spectre sur cette ville…

  • EU : 3 choses qui vous manquent le plus de France ?

Ma petite sœur et mes amis…
La vie culturelle : cinéma, théâtre, musées, expositions, etc…
Un bon plateau de fromage de temps en temps.

  • EU : 3 choses qui vous manquent le moins de France ?

Le côté organisé, trop cadré : les interdictions dans tous les sens, le côté métro-boulot-dodo…
L’aspect société de consommation, publicité partout., etc…
Le manque d’ouverture d’esprit de beaucoup de français qui n’ont jamais quitté leur pays et qui se plaignent beaucoup pour pas grand-chose…

  • EU : Les projets pour l’avenir ? Envie de rentrer en France ? de faire un autre pays d’expatriation ?

Surtout pas envie de revenir vivre en France ! J’ai vraiment envie de continuer comme expat jusqu’à la retraite. En Afrique ou ailleurs mais pas dans des pays trop « civilisés »…

  • EU : Depuis quand êtes-vous inscrit sur Expat United ? que cela vous a t’il apporté ?

J’avoue que je viens de m’inscrire suite au concours photo. J’espère que ça me permettra de retrouver des amis expats ou d’en rencontrer d’autres.

  • EU : Que diriez-vous aux personnes qui ont envie de venir tenter l’aventure dans ton pays ?

Soyez prêts à affronter les cafards et les coupures de courant, la poussière en saison sèche et la boue en saison des pluies, le manque d’eau et d’infrastructures, attendez que les élections de novembre soient passées (on ne sait jamais…) mais ça vaut le coup !

N’hésitez pas ! L’expatriation, c’est une manière de s’ouvrir l’esprit… 🙂

Merci Aurélie d’avoir partagé avec nous ta vision de l’expatriation et ton expérience très intéressante… et de nous avoir fait découvrir « ton » pays !
Nous te souhaitons une excellente continuation ! 🙂

Pour retrouver Aurélie sur Expat United, c’est par ici !

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Une réflexion au sujet de « A la découverte du Congo, avec Aurélie ! »

  1. Bravo à Aurélie pour son interwiew, tout est dit . Je connais ce pays depuis longtemps et Aurélie a su le comprendre rapidement. Et comme elle le dit si bien, n’hésitez pas à tenter l’aventure d’expatriation, on en ressort plus fort et plus ouvert.

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